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Prologue (Suite de "Laissez-moi leur dire !"

 

Je me regarde dans le miroitement de la porte et je constate avec effroi que mes yeux ont la profondeur des ténèbres dans lesquelles je ne cesse de me noyer. L’expression de mon visage enfantin n’est que souffrance, une souffrance que je tente de dissimuler pour ne pas lui offrir cette joie qu’il attend chaque fois qu’il prend possession de mon être. Pourtant, malgré toute ma volonté pour lui résister, il a réussi à faire de moi un pantin désarticulé.

Si tu savais à quel point je te hais !

Je hurle en silence en te maudissant et ma haine est si puissante qu’elle me permet de m’accrocher pour ne pas sombrer dans cet océan de douleur.

 

Mais il n’est rien face à toi ! Mon havre de paix.

Je savoure chaque minute passée à tes côtés. Ton sourire panse mes blessures. Ta douceur me fait oublier sa présence. Mais dès que tu t’éloignes, je sens cette boule d’angoisse remonter à la surface, prête à m’étouffer. Je peux tout endurer, tout supporter sauf ton absence. Au fond de mes entrailles, j’ai cette peur viscérale de ne plus te revoir. Te perdre me ferait perdre la raison et libérerait ma part la plus sombre. Celle que je tente de maitriser pour mieux te protéger. Alors, je pleure en silence, priant pour que l’on vienne me délivrer.

 

Il suffirait d’un seul geste et tout serait fini. Pour toi comme pour moi. Mais ai-je le droit de t’imposer ma folie ? En te regardant, je me sens lâche et faible. Comment puis-je accepter cette douleur au fond de mon être ? Cette colère mélangée à cette peur qui me colle à la peau et me paralyse. Alors, je rêve d’un avenir meilleur pour nous deux.

 

Mes blessures sont invisibles, sournoises et vicieuses, comme une marque au fer rouge dont la douleur lancinante fait naître chez moi un besoin de vengeance. Une vengeance destructrice qui prend de l’ampleur. Rien ne semble pouvoir arrêter son ascension.

 

Je me regarde dans le miroir et je vois maintenant l’homme que je suis devenu.

Dans mes yeux, il n’y a plus que de la colère.

Dans mon cœur, une rage folle prête à bondir.

Pourquoi a-t-on détruit l’innocence de mon enfance ?

Ton départ m’a anéanti et je n’ai plus la force de lutter contre cette part d’ombre qui enveloppe progressivement mon être.

J’ai combattu pour ne pas sombrer.

J’ai tenté de devenir l’homme que tu voulais, mais j’ai échoué.

Aujourd’hui, je n’ai plus de place pour le pardon.

Je ne suis que vengeance.

Dans mes veines coule le sang d’un bourreau.

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